Pierre-Victor Malouët
Pierre-Victor Malouët, né le 11 février 1740 au 2, rue de la Charité1 à Riom et mort le 7 septembre 1814, est un planteur de canne à sucre de Saint-Domingue et un homme politique français dont l'activité s'exerce pendant la période de la Révolution.
Il est, à l'Assemblée constituante, un des chefs du parti constitutionnel, puis le signataire du traité de Whitehall en 1793 entre les grands planteurs de sucre français et l'Angleterre.
Il est né à Riom le 11 février 1740, « fils d'Antoine Malouet, bailli d'Olliergues (Puy-de-Dôme) et de Catherine Villevault
dont le père était conseiller du roi et contrôleur des monnaies à Riom ».
Après une scolarité exemplaire menée au sein
des collèges oratoriens de Riom puis de Juilly en région parisienne, Malouët poursuit ses études à Paris où il devient diplômé en droit.
Après un rapide passage au service du comte de Merle, alors en ambassade au Portugal, il est nommé intendant de la Marine à Rochefort en 1763,
poste où il apprend très rapidement à utiliser ses relations à bon escient, parfois avec opportunisme, pour obtenir de l'avancement.
Et où il constate la complexité de la gestion d'un port, il a dû prendre un accord avec Ruis-Embito "homme d'esprit, très original" pour faire son travail d'inspection.
En octobre 1763, il est nommé inspecteur des magasins des colonies, poste qu'il partage entre Rochefort et Bordeaux jusqu'en avril 1767.
En mars de la même année, il est envoyé à Saint-Domingue en qualité de sous-commissaire de la Marine. Il y épouse en avril 1768 Marie-Louise Béhotte (1747-1783),
sœur de Jeanne-Louise-Aimée Behotte qui convolera en 1770 avec Charles-Antoine Chabanon de Maugris (1736-1780).
Il se trouve à la tête des plantations de canne à sucre
et de café appartenant à son épouse, sises à Maribaroux, faisant partie des plus riches de la partie du Nord et lui permettant d'amasser une fortune confortable.
Il se lie d'amitié avec des personnages influents : le procureur général Legras, l'intendant Bongars et le négociant havrais Stanislas Foäche.
C'est avec l'aide de Bongars que Malouët devient en 1769 ordonnateur par intérim au Cap français puis commissaire de la Marine.
De retour en France en 1774,
il fait valoir l'expérience acquise à Saint-Domingue et devient membre du comité de législation des colonies à Versailles.
En 1775- 1780, il est également secrétaire du cabinet de Madame Adélaïde.
Après une suite d'événements rocambolesques durant lesquels il manque de ruiner sa carrière, il est nommé ordonnateur en Guyane entre 1776 et 1778.
Il est ensuite durement affecté par le décès de ses proches: ses deux filles en 1779 et son beau-frère, Chabanon en 1780.
Il s'éloigne du milieu ministériel et songe un temps à se retirer définitivement de la vie publique en s'installant à la campagne.
Malgré tout, il trouve du réconfort dans le travail et reprend du service. Il est nommé commissaire du roi pour la vente de l'arsenal de Marseille en 1780,
et devient intendant de la Marine et ordonnateur à Toulon de 1781 à 1789. En 1781 il est élu membre de l'Académie de Marseille.
En 1789 il est élu, avec l’appui de Necker, député du tiers-état du bailliage de Riom aux États généraux. Il est l'un des principaux rédacteurs des cahiers de doléances,
et intègre l'Assemblée nationale où il devient l'un des chefs les plus en vue du parti constitutionnel. Il est considéré comme l'un des rédacteurs des
Actes des Apôtres, dirigé par Jean-Gabriel Peltier.
L'insurrection du 10 août 1792 le contraint à la fuite. Le 2 septembre, il parvient à quitter Paris et s'exile
en Angleterre où il rejoint les proscrits.
Il vit très mal cet exil qui lui coûte sa fortune et affecte passablement son moral et sa santé. Très affecté par l'arrestation de Louis XVI,
il demande en vain à la Convention le droit de défendre le roi.
Il est rejoint par d'autres planteurs en exil et négocie le 25 février 1793
le traité de Whitehall avec Sir Henry Dundas, par lequel il livre Saint-Domingue aux Anglais pour lui éviter de passer sous la coupe de la République et de la Convention.
Le coup d'État du 18 Brumaire (9 novembre 1799) lui permet de revenir en France et de renouer avec le ministère de la Marine. Après la paix d'Amiens,
il est nommé le 25 février 1803 commissaire général de la Marine puis devient préfet maritime à Anvers, avec pour mission de développer ce port destiné à faire pression
sur la marine britannique croisant dans la Manche.
Son union avec Mme de Belloy est célébrée le 8 mars 1808, en présence d'un parterre de dignitaires
et de proche de l'Empereur, dont Napoléon lui-même.
En janvier 1810, Malouët est fait baron puis maître des requêtes, ce qui lui permet d'intégrer le Conseil d'État en février.
En 1812, il est mis à la retraite par l'empereur. En réalité, il tombe en disgrâce à la suite des réserves qu'il émet lors d'une séance du Conseil d'État
à propos du bien fondé de la campagne de Russie.
Malouët est à nouveau contraint à l'exil ; il se retire en Touraine.
Le retour des Bourbons lui permet de devenir ministre de la Marine de Louis XVIII le 13 mai 1814, point d'orgue d'une carrière et d'une ascension sociale
toutes deux patiemment et méthodiquement construites.
Il meurt le 7 septembre de la même année, ruiné. Ses funérailles sont prises en charge par le roi.
Pierre-Victor Malouët laissera une Collection de mémoires sur les colonies qu'il publie en 1801, ainsi que ses mémoires, écrites en 1808 mais qui, par sa volonté testamentaire,
ne devaient être publiées que vingt ans après sa mort. Elles l'ont été pour la première fois en 1868 : Mémoires de Malouët, Paris, E. Plon, 1868.
Son fils, Louis Antoine Victor Malouët (1780-1842) deviendra préfet sous le Premier Empire et poursuivra sa carrière préfectorale sous la Restauration.